Strify_
Pour la je-ne-sais-combien-ème fois cette nuit là, je jetai un coup d'oeil à ma montre. 04h32. Et toujours pas rentré. Le silence régnait dans la pièce, si bien que le tic-tac régulier et insupportable de l'objet censé m'apporter l'heure me procurait surtout une inquiétude croissante. Comme si ma montre se faisait un malin plaisir à me rappeler qu'il n'était pas ici. Je soupirai. Complètement parano. En attendant...
Je me levai encore une fois, m'approchai à nouveau de la fenêtre et écartai le rideau de celle-ci, regardant au dehors. Rien. Hormis un chat rôdant au coin de la rue, il n'y avait rien. Aucune tête blonde à l'horizon. Sauf peut être mon reflet à travers la fenêtre. Il s'était enfin arrêté de pleuvoir. C'était déjà ça.
Ma main retomba, laissant le rideau reprendre sa place initiale, me cachant à nouveau l'obscurité de la rue. Ne sachant pas quoi faire, j'entrepris de faire les cent pas dans le salon. Il me regardait, sa tête suivant mes allées et venues. Il n'avait pas sorti un mot depuis que nous étions rentrés. Son silence frustré ajoutait à mon agacement. Je recommençai à l'interroger. Cette fois, il parut y prêter un minimum d'intérêt.
- Dirk...
- Hum ? fit-il, le regard toujours braqué sur moi.
- Tu veux bien me dire ce qu'il s'est passé ?
- Je vois pas de quoi tu parles, répondit-il.
- Arrête de me prendre pour un con s'il te plait ça m'énerve. Il est toujours pas là, et toi tu fais la gueule depuis le début de la soirée.
- Et alors ?
- Et alors dis-moi ce qu'il se passe !
- Bonne question. La charmante compagnie d'une jeune fille lui aura fait oublier l'heure.
- Très drôle, vraiment. Tu sais très bien qu'il nous prévient toujours. Et je crois bien que la compagnie des jeunes filles ne semble pas l'intéresser le moins du monde ces derniers temps.
- Ah ? Dans ce cas, ça doit être un mec, répliqua-t-il calmement.
- Non, il lui est peut être arrivé quelque chose, c'est pas normal...
- C'est surtout pas tes affaires, mais t'inquiète d'ici un ou deux verres, il sera rentré.
Je le regardai se lever, l'air ahuri. J'aurai aimé lui crier dessus, mais le connaissant ça n'aurait servi à rien.
- T'en as rien à foutre en fait ? Lui demandai-je.
- Tout à fait. Et toi tu t'inquiètes encore plus qu'une mère pour son gosse, tu sais quand il rentrera tu pourras le demander en mariage. Sur ce, tu m'excuseras mais je vais me coucher.
Je le regardai monter les escaliers, ne trouvant rien à redire. Je ne savais pas ce qui lui prenait, ni ce qui s'était passé ce soir, mais il avait l'air plutôt remonté.
Kiro_
J'étais toujours étendu tel un abruti dans sa flaque, repensant à son visage étonné lorsqu'il avait prononcé, entre autre, ces mots : "Tu m'aimes ?!" Oui, je t'aime. Je t'ai toujours aimé. Je t'aimerai toujours. Cela t'étonnes ? Que pensais-tu donc ? Je ne t'avais pas répondu, bien trop blessé par ta réaction. Et tu avais alors eu ce regard, que je n'oublierai jamais. Ce regard de dégoût, avant que tu ne tournes les talons et t'en ailles comme une ombre dans la nuit. Tu avais du courir, car je ne réussis pas à te rattraper. Juste à tomber encore un peu plus bas. Je devais rentrer, avant de mourir de froid ici. Remarque, ça n'aurait pas été plus mal. Je me remis péniblement sur mes jambes, essuyant mon visage de ma main tout aussi trempée. Encore une chose inutile.
Strify_
Je l'entendis fermer un peu plus brutalement que nécessaire la porte de sa chambre. Il me faudrait des explications. Peu importe qu'elles viennent de lui ou de Kiro, mais j'étais loin d'avoir terminé mes interrogatoires. Quelques minutes plus tard à peine, un nouveau bruit parvint à moi. Dans l'entrée, cette fois. Le coeur battant, je m'y précipitai dans l'espoir de le voir dans un état à peu près correct. Le petit blond était là, tout dégoulinant, ses cheveux et ses habits gouttant sur le parquet. Son maquillage avait disparu mais il était tellement trempé que je n'aurais su dire s'il avait pleuré ou non. Lorsque je m'approchai encore, je constatai que ses yeux étaient rougis. Je réprimai l'envie de déverser le fruit de mon inquiétude sur lui, me contentant de le serrer contre moi, me mouillant au passage.
- Kiro...
- J'ai... froid...
Je le sentis frissonner contre moi. Je pris sa main dans la mienne.
- Viens, dis-je doucement.
Je le tirai avec moi, essayant de lui faire monter les escaliers. Il paraissait sur le point de s'écrouler, aussi lorsque je le vis s'arrêter sur la troisième marche, s'accrochant à la rampe, je passai ses bras autour de mon cou et le soulevai. Je parvins à monter les escaliers tout en le portant, mais je m'arrêtai en haut quelques secondes pour reprendre mon souffle. Il n'était pas très lourd, mais quand même. Je serrai son corps mince contre moi et longeais le couloir jusqu'à sa chambre. Une porte s'entrouvrit, laissant apparaître la silhouette de Yu à moitié dévêtu, une cigarette à la main.
- Pas dans la maison... Dis-je d'une voie lasse.
- Mouais, tu vois, il est pas mort, marmonna-t-il avant de refermer sa porte.
Quel crétin, pensai-je. Je déposai Kiro, le remettant sur pied avant de le pousser dans sa chambre. Je partis quelque secondes dans la mienne, le temps de me déshabiller et me changer. Lorsque je revins, Kiro était appuyé contre son armoire. Son visage était caché mais il apparaissait très nettement qu'il pleurait. Il m'entendit, aussi se décolla-t-il du meuble et essuya son visage.
- Kiro, qu'est-ce qui te met dans cet état ? Demandai-je doucement.
- Rien... Je suis fatigué, répondit-il à voix basse.
- D'accord, change toi tu vas attraper froid.
Si ce n'était pas déjà fait. J'abandonnais pour ce soir, décidant de le laisser se reposer. Voyant qu'il ne bougeait pas, j'hésitai avant de m'approcher de lui. Je l'aidai à se déshabiller et le glissai sous les draps. Il tremblait encore légèrement.
- Tu as toujours froid ?
- Oui.
Je m'allongeai alors à côté de lui, passai mes bras autour de son corps et le serrai contre moi. Il se blottit contre mon torse, je frissonnai à son contact froid. Bientôt, il ne bougea plus. Je regardai son visage, dégageant une mèche de son front. Il dormait. Je ne tardai pas à en faire de même.
Yu_
Je pris le paquet de cigarettes posé sur ma table de nuit et rangeai celle que j'avais sortie, l'esprit ailleurs. J'étais à la fois rassuré et mal à l'aise. Rassuré, parce qu'il était rentré. Bien que son état soit plutôt affligeant. Je lui avais fait mal sans même m'en rendre compte. Où plutôt, avant de m'en rendre compte. Je l'avais compris au regard qu'il arborait alors quelques heures plus tôt, tandis que je l'abandonnais derrière le bâtiment, dans un mélange de sentiments divers. Mais qu'étaient-ils au juste ? De l'étonnement, du dégoût, de la colère... De la peur ? Je repoussai cette idée, pourquoi aurai-je eu peur ? Parce que cet aveu émanait de lui ? Mon esprit s'embrouillait, mais une chose était sûre. J'avais préféré fuir, l'abandonner dans cette ruelle plutôt que d'affronter la réalité. Et quelle réalité ! J'étais un lâche...
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J'espère que ce premier chapitre est assez long. C'était donc bien Kiro le personnage du prologue, comme beaucoup d'entre vous avaient suggéré =)
Merci à vous toutes pour vos commentaires,
Bisous.